21/05/2008 un nouvel article

Voici un article lu sur le site :
www.aujourdhuilachine.com/actualites-chine


"L'inquiétante question des orphelins après le séisme au Sichuan
Au pays de la politique de l'enfant unique, le destin des milliers d'enfants laissés seuls sur le bord de la route présage les pires difficultés.

Le nombre d'orphelins reste à déterminer.
Que vont devenir les orphelins du séisme qui a ravagé la province du Sichuan le 12 mai dernier ? A l'heure où la Chine compte ses victimes, cette question est venue s'imposer avec force sur le devant de la scène.

Nombre d'orphelins recensés à ce jour : 70, selon le ministère des Affaires Civiles. Un chiffre bien loin des prévisions, d'où les efforts entrepris par les autorités pour poser les premiers jalons de ce qui s'annonce comme un problème d'envergure.

Objectif : traiter le flot des demandes d'adoptions.
Et pour cause, la population n'est pas restée insensible aux images de ces enfants blessés, seuls sur leur lits d'hôpitaux tout comme des petits réfugiés errant dans les décombres.
Dans les premiers jours qui ont suivi la catastrophe, les responsables ont ouvert trois lignes spéciales pour enregistrer les demandes d'adoptions.
Depuis, les appels n'ont pas cessé. A Pékin, Wu Shixiong, responsable du Bureau local des Affaires Civiles parle de « centaines de milliers d'appels ».
A Shanghai, plus de 400 personnes se sont déjà signalées auprès du Bureau des Affaires civiles, et selon un sondage mené par ce département, plus de 2000 résidents de la ville auraient
l'intention de le faire.

Sur Internet, c'est la même chose. Les forums regorgent de messages d'internautes chinois désireux de s'occuper d'orphelins depuis que le gouvernement s'est dit prêt à étudier les demandes d'adoption émanant de "personnes qualifiées".

Conditions d'adoptions drastiques

Mais c'est peut-être là que réside toute la difficulté. Car en Chine plus qu'ailleurs, n'adopte pas qui le souhaite. Aux règles existantes - avoir plus de 30 ans, ne pas être
malade et avoir financièrement les moyens d'élever un enfant
- est venue s'ajouter en 1990 cette condition drastique, liée à la politique de l'enfant unique : ne pas avoir d'enfant.

Un principe auquel les responsables ne semblent pour l'instant pas avoir
l'intention de déroger malgré les circonstances. "Il faut attendre que le travail d'enregistrement soit terminé. Tant que les recherches continuent, on ne peut pas connaître le nombre
d'orphelins. Pour l'instant, on ne fait qu'enregistrer les demandes. Ensuite, les demandes d'adoption suivront la procédure normale", explique au bout du fil Mme Yang du Bureau des Affaires Civiles du Sichuan.

Des propos qui laissent craindre une lenteur des procédures mais aussi que de nombreuses demandes restent insatisfaites, laissant des milliers d'orphelins sur la touche.
Des enfants souvent atteints de graves handicaps et de troubles psychiques. Et ce n'est pas de l'extérieur que devrait venir la bouffée d'air puisque depuis la fin 2006, la Chine a durci les règles d'adoption pour les étrangers, exigeant que les couples soient mariés depuis plusieurs années, aient un niveau de vie élevé et ne soient pas obèses.

En attendant, le gouvernement du Sichuan a annoncé le 20 mai dernier, la prise en charge des frais de scolarité pour les orphelins."


16/05/2008 La Chine permet l'adoption des orphelins du séisme

Source: Chine information.com


"Les habitants qualifiés pourront adopter les orphelins du séisme en vertu de la loi, une fois que l'ordre des régions sinistrées sera rétabli, a annoncé vendredi à Beijing le ministère chinois des Affaires civiles.

De nombreuses organisations chinoises et étrangères, ainsi que des individus, se préoccupent de ceux qui sont devenus orphelins dans le séisme, et ont montré leur intention de les adopter.

Avec le rétablissement graduel de l'ordre dans les régions sinistrées, le gouvernement arrangera des adoptions et prendra la responsabilité de suivre de près l'évolution des orphelins.

Jusqu'à 16H00 jeudi, 19 509 morts ont été confirmés dans la seule province du Sichuan dans le séisme de lundi, le pire qu'a connu la province depuis la fondation de la République populaire de Chine en 1949.

Avec la hausse du nombre d'orphelins, le ministère chinois des Affaires civiles a demandé à ses organes locaux de prendre soin de ces enfants, de s'efforcer de retrouver leurs parents et d'aider les enfants de sortir de la panique du séisme."

Agence de presse Xinhua 2008/05/16


"j'avais besoin d'exprimer ce soir ma profonde tristesse et mon désarroi face à des images insoutenables et à des évènements si tragiques..."

14/05/2008 Des villes entières rasées en Chine, après le séisme

Source: site "aujourd'hui la chine"

Le plus violent séisme à frapper la Chine depuis plus de 30 ans a fait plus de 20.000 morts et disparus dans la région du sud-ouest. Un bilan malheureusement encore provisoire, l'avancée des secours permet petit à petit de découvrir une situation encore plus catastrophique.

Plusieurs villes ont été "rasées" autour de l'épicentre du séisme dans le sud-ouest de la Chine, et plus aucun bâtiment ne tient debout, a annoncé mercredi un responsable de la police armée, cité par les médias chinois.

Quelques intants plus tôt, les autorités avaient annoncé qu'au moins 7.700 personnes sont mortes dans la ville de Yingxiu, située sur l'épicentre du séisme qui a ravagé lundi la province du Sichuan (sud-ouest), a annoncé mercredi l'agence Chine Nouvelle citant les autorités locales.

Seules 2.300 personnes sur les plus de 10.000 qui vivaient à Yingxiu ont survécu à la catastrophe, a déclaré He Biao, secrétaire général adjoint de la préfecture d'Aba, cité par l'agence.

Parmi les survivants, plus de 1.000 sont grièvement blessés, a ajouté Chine Nouvelle. "La situation à Yingxiu est encore pire que ce que l'on craignait", a dit un autre responsable, citant trois vice-gouverneurs ayant pu se rendre à Yingxiu et fournir quelques informations mercredi matin, avant que la communication téléphonique ne soit coupée.

Ces vice-gouverneurs ont dû gagner Yingxiu à pied, par des chemins périlleux et escarpés, selon la même source, la route reliant le bourg à Dujiangyan étant coupée.

Cette situation ralentit les opérations de secours, déjà compliquées par les mauvaises conditions météorologiques sur la province.

L'armée et les sauveteurs tentent toujours de s'approcher par air, par voie fluviale ou par la route, des zones ravagées par le violent séisme d'une magnitude de 7,9 qui a démoli des écoles, des habitations et des usines, lundi en plein après-midi.

Les télévisions ont montré des images de bâtiments effondrés, de routes coupées en deux, de pans entiers de montagnes écroulés, et de survivants s'extirpant des débris.

En signe de deuil national, les organisateurs des jeux Olympiques ont décidé de réduire au minimum les festivités entourant le relais de la flamme olympique à travers le pays.

Le président américain George W. Bush et son homologue chinois Hu Jintao ont discuté au téléphone mardi du séisme et M. Bush a offert à la Chine toute l'aide nécessaire, a rapporté la télévision nationale chinoise. La Maison Blanche a annoncé le déblocage d'une aide initiale de 500.000 dollars pour les victimes du séisme.

La province la plus touchée par la catastrophe est le Sichuan, où le dernier bilan s'établissait à plus de 12.000 morts confirmés et au moins 9.400 ensevelies sous les décombres.

Mais les chiffres vont certainement continuer à s'alourdir au fur et à mesure que les secours découvrent l'étendue de la catastrophe.

Le Premier ministre chinois Wen Jiabao a reconnu que la situation était pire que les premières estimations, alors que des répliques continuent à secouer la région.

"A l'heure actuelle, nous rencontrons beaucoup de difficultés dans les opérations de secours", a-t-il dit lors d'une réunion de crise au centre des secours de Dujiangyan. "Nous ne pouvons pas compter seulement sur les équipes médicales de la province du Sichuan, nous avons besoin que des équipes arrivent de l'extérieur", a ajouté M. Wen, cité par la télévision nationale.

Des milliers de personnes sont portées disparues, probablement ensevelies sous des tonnes de décombres, et les besoins en nourriture, médicaments et équipements de premiers secours sont urgents.

Dans la ville de Mianzhu (Sichuan), où au moins 3.000 personnes ont trouvé la mort, les secouristes tentaient de soulever des morceaux de béton et des poutrelles d'acier afin de découvrir des survivants dont les voix s'élevaient des décombres. "Mon jeune frère est là-dessous", a confié Li, 42 ans, alors que sa belle-soeur pleurait à chaudes larmes devant un monceau de débris de ce qui était autrefois une succursale de la Banque de Chine. "Nous n'avons pas dormi, nous sommes restés ici à regarder toute la nuit", a-t-il dit, les yeux rougis par le manque de sommeil.

Selon des responsables de la petite ville de Mianyang, proche de l'épicentre, 3.629 personnes ont été tuées et 18.645 personnes seraient ensevelies sous les décombres.

Dans le district de Wenchuan, site de l'épicentre du séisme, au moins 500 personnes ont péri.

Environ un millier de collégiens et professeurs sont également décédés ou portés disparus après l'effondrement de leur collège du district de Beichuan, au nord-est du district de Wenchuan. Plus de 80% des constructions se sont écroulées, selon des responsables de Beichuan. "Le nombre de morts ou disparus est estimé à plus de 1.000" dans cette école, a affirmé Chine Nouvelle.

De nombreux enfants, qui étaient en classe à l'heure de la secousse, font partie des victimes.

A Dujiangyan, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Wenchuan, des responsables du collège Xiang'e ont estimé que moins de 100 des 420 enfants de l'établissement devaient avoir survécu à l'effondrement de l'école. "J'ai tout perdu. Ma maison et ma mère", a témoigné un habitant de la ville, Wen Xiaoping, figé devant le cadavre de sa mère extraite des débris.

A Shifang, une ville entre Chengdu et Wenchuan, environ 500 personnes sont mortes et 3.000 blessées tandis que 2.000 ont été ensevelies.
Toujours dans le Sichuan, deux usines de produits chimiques se sont effondrées, ensevelissant des centaines d'employés et conduisant à l'évacuation de 6.000 riverains, a indiqué l'agence officielle.

Dans la même province, 37 touristes, dont la nationalité n'a pas été précisée, et qui voyageaient en bus, sont morts dans un glissement de terrain.

Plus de 50.000 soldats ont été mobilisés pour participer aux recherches, mais les pluies torrentielles qui se sont abattues sur la région ralentissent le travail des secouristes et l'acheminement de produits de première nécessité.

Ce séisme est le plus grave qu'ait connu la Chine depuis celui de Tangshan, proche de Pékin, en 1976, qui avait fait 242.000 morts selon un bilan officiel.

22/02/2008 raisons augmentation des délais

Raisons augmentation des délais

Avant tout, il faut savoir que la situation globale en adoption internationale a beaucoup changée au cours des deux dernières années, surtout en raison de la ratification de la Convention de La Haye sur la protection des enfants et la collaboration en matière d'adoption internationale. Cette convention, signée au début de 2006 par la Chine, la France et plus de 100 pays à travers le monde, vise à faire de l'enfant le centre des préoccupations en adoption : le principe de base est qu'il faut trouver la meilleure famille pour chaque enfant abandonné. De plus, la Convention favorise l'adoption nationale et met en place toute une série de mécanismes régulateurs pour éviter que des enfants fassent l'objet d'un trafic, quel qu'il soit. Suite à cette nouvelle orientation donnée par la Convention, plusieurs pays ont fermé leurs portes à l'adoption internationale, d'autres ont grandement limité les demandes de parents adoptants.

En Chine, cette réorientation internationale a amené un afflux très important de nouvelles demandes de la part de parents partout à travers le monde. Ayant abandonné en 2002 le principe des quotas qui limitait le nombre d'adoptions internationales annuelles, la Chine a par la suite considérablement augmenté le nombre de demandes acceptées par le China Center of Adoption Affairs (CCAA), l'autorité centrale responsable de l'adoption internationale. C'est ainsi que, par rapport à 2003, la Chine a connu une augmentation de 49% des demandes en 2004, 109% en 2005 et 126% en 2006. Ayant un très bon système d'adoption internationale, la Chine était confiante de pouvoir répondre à cette demande avec son efficacité habituelle.

Dans la même période, parallèlement à cette hausse dans l'acceptation des demandes internationales, de moins en moins de dossiers d'enfants disponibles à l'adoption internationale ont été envoyés au CCAA. Plusieurs raisons expliquent cette situation :

D'abord le développement économique en Chine fait en sorte que de moins en moins de familles déshéritées, notamment à la campagne, doivent abandonner leur enfant pour une question de survie. C'est une nette amélioration pour la population chinoise ;
• Il y a également moins d'abandons d'enfants parce que c'est un acte criminel selon la loi chinoise et que cette interdiction est de plus en plus connue dans la population ;

• Le nombre d'avortements sélectifs de filles, suite à un usage plus répandu des tests échographiques, est en progression malgré l'interdiction légale ;

• La Convention de La Haye encourage l'adoption nationale et cette pratique se répand de plus en plus en Chine, notamment dans le sud-est du pays. Par ailleurs, la Convention exige dorénavant une très grande rigueur des autorités pour l'obtention de la preuve d'abandon d'un enfant afin d'éviter toute situation de trafic d'enfants.

• À cet effet, la découverte d'un réseau de trafiquants d'enfants dans le Hunan à l'automne 2005 et les condamnations qui en ont résulté ont fait en sorte que les autorités chinoises sont dorénavant très prudentes avant de déclarer un enfant disponible pour l'adoption.

• Enfin, pour le moment, la collaboration est moins intensive entre les orphelinats et les autorités provinciales d'une part, et le CCAA d'autre part. Les dossiers d'enfants destinés à l'adoption internationale exigent énormément de travail et de contrôle de la part des orphelinats et des autorités provinciales chinoises. Ceux-ci font face à un surcroît de travail et voudraient que le CCAA rééquilibre les tâches et les responsabilités de chacun.

Toutes ces raisons combinées expliquent le ralentissement que nous connaissons maintenant dans le temps d'attente des propositions d'enfant. Actuellement, le temps d'attente est de 18 mois entre l'enregistrement du dossier en Chine et la réception de la proposition. Comme ce fut le cas depuis que la Chine accepte des dossiers d'adoption internationale, il variera encore au cours des prochains mois sans que nous puissions prédire avec exactitude la tendance à venir.

Nous croyons que cette situation se résorbera dans l'avenir. Il y a encore des milliers d'enfants orphelins en Chine, pour leur plus grand malheur. Les autorités chinoises n'ont manifesté aucune intention d'interrompre l'adoption internationale. Plutôt que de réintroduire le système des quotas en vigueur avant 2002, la Chine a plutôt choisi d'instaurer des nouveaux critères d'admissibilité de parents adoptants afin de régulariser le nombre de demandes. Tout nous porte à croire que les autorités chinoises sont activement à la recherche de solutions. Jusqu'à présent, la Chine a toujours respecté ses engagements envers les parents adoptants : il faut garder confiance, faire preuve de patience et croire en l'avenir…

22/02/2008 le fisc chinois

Reportage
Le fisc chinois et les enfants interdits
LE MONDE | 05.06.07 | 14h52 • Mis à jour le 07.08.07 | 11h00
CANTON DE DUNGU (GUANGXI) ENVOYÉ SPÉCIAL

C'est une simple feuille. Une feuille qui tremble entre ses mains. Une feuille qui l'indigne. Ce commerçant relit pour la énième fois sa "facture" et redit son indignation : "Pourquoi devrais-je payer une somme pareille ? 6 000 yuans (581 euros) parce que j'ai eu quatre enfants ?" Dans le village de Dungu, entre rizières fluorescentes et reliefs tourmentés de montagnes en pain de sucre, la colère gronde contre les fonctionnaires du planning familial qui s'emploient, de force plutôt que de gré, à imposer un strict respect du contrôle des naissances.



"Pourquoi voulez-vous que je paye sur la foi de ce bout de papier sans tampons ? interroge le commerçant. Mon argent risque de filer directement dans la poche de l'agent du planning familial." Prudent, l'homme refuse de dire son nom. Sa "facture" lui ordonne de payer dans les deux jours une "taxe sociale de compensation" en application de la loi en vigueur depuis 1979 : un enfant seulement pour les Chinois des villes, deux pour les Chinois des champs, mais seulement si ces derniers ont connu la déveine d'avoir une fille. L'Etat laisse alors une seconde chance aux paysannes pour leur permettre d'enfanter un garçon.

Seules certaines minorités ethniques, comme les Tibétains, ne sont pas soumises à ces obligations. En une trentaine d'années, trois cents millions de naissances ont ainsi été évitées, selon les chiffres officiels. Les quatre rejetons du commerçant, âgés de 18, 16, 11 et 9 ans, ont failli lui coûter cher. Mais le jour où les agents sont revenus, il a convoqué des copains, quelques costauds, et les agents sont repartis penauds, sans rien pouvoir lui arracher. "Comment voulez-vous que je paie une somme pareille ?", lâche-t-il, assis derrière le comptoir de son épicerie de village en allumant une grosse pipe en bambou.

A Dungu, comme ailleurs dans plusieurs cantons de la province du Guangxi, la colère gronde si fort que, depuis une quinzaine de jours, des milliers de personnes se sont vengées contre les bâtiments officiels. Le 19 et le 20 mai, ici comme dans sept autres cantons du district de Bobaï, la foule a brûlé des voitures, donné l'assaut aux sièges des gouvernements municipaux ou aux bâtiments abritant les locaux du planning familial. Mardi 29 mai, deux villages d'un autre district, celui de Rongxian, ont connu des troubles et des batailles rangées avec la police. L'agence de presse Chine nouvelle a confirmé que des émeutes avaient bien eu lieu, un aveu assez rare. Une trentaine de personnes, de source officielle, auraient été arrêtées. Des rumeurs non confirmées ont fait état de plusieurs morts.

A l'entrée de Dungu, dans un autre quartier, un groupe de paysans prend le frais devant de petites maisons de pierre à l'approche de la nuit. Torse nu, un homme, qui préfère ne pas s'identifier comme le reste des villageois, est assis sur un minuscule tabouret. Il explique calmement les raisons de la colère : "Ce n'est pas tant le contrôle des naissances qui nous gêne que la façon dont il est appliqué. Rendez-vous compte : les types du planning familial débarquent chez les gens, vêtus de treillis militaires, casqués, armés de gourdins. Tous ceux qui refusent de payer les amendes voient leurs biens confisqués ! Les agents démontent les fenêtres, les portes, s'emparent des ustensiles de cuisine..."


MÉTHODES MUSCLÉES


Un vieillard au visage mangé d'énormes lunettes intervient, allongeant les bras : "Parfois, ils forcent les femmes qui n'ont pas la permission d'être enceinte à avorter !" En vertu de la loi, les grossesses des femmes sont en effet sévèrement réglementées.

Pourquoi une telle violence ? Parce qu'en janvier, le gouvernement central s'est ému de constater que les directives concernant le contrôle des naissances étaient de moins en moins respectées ; et que les fonctionnaires trafiquaient les quotas. Pékin a donc tancé les responsables provinciaux et édicté de nouvelles directives, remettant ainsi au goût du jour des pratiques que l'on pensait être en voie de disparition : à Bobaï, affirme un journal hongkongais critique de Pékin, Apple Daily, de nouvelles règles auraient été imposées aux agents du planning familial : d'ici au mois d'août, avance le quotidien, chacun d'entre eux doit prouver qu'il a contribué à la stérilisation d'un homme ou d'une femme et doit avoir collecté une amende d'au moins 50 euros ! Faute de quoi, les promotions sont supprimées.



Il y a quelques semaines, lors d'un colloque organisé à l'Université du peuple de Pékin, le chef du bureau national du planning familial, Zhang Weiqing, s'était inquiété des perspectives d'un nouveau "rebond" démographique. Parce qu'à la campagne, les paysannes continuent de se marier trop tôt et que, en ville, les riches sont prêts à payer des amendes coûteuses pour fonder une famille nombreuse.

Il n'en fallait sans doute pas plus pour que, dans des régions comme le Guangxi, une "région autonome" assez pauvre de 46 millions d'habitants, peuplée notamment de membres de l'ethnie Zhuang, les méthodes musclées des fonctionnaires provoquent des explosions de violence. "Nous sommes pour le planning familial !", clament en choeur les villageois. Mais tous ont trois, quatre, voire cinq enfants. Ici, les quotas ont été violés depuis belle lurette !

Ce qui s'est passé en mai dans la région est comme le précipité des menaces de désordres sociaux affectant la quatrième puissance économique mondiale : écart croissant de revenus entre les citadins et les paysans, corruption endémique des fonctionnaires provinciaux, rigidité des mentalités au pays du parti unique et attachement aux traditions dans le monde rural. La Chine des campagnes donne parfois l'impression d'être assise sur un volcan.


COLÈRE SOUS UN CIEL DE PLUIES


Dans la presse officielle, le chef du district de Bobaï, Huang Shaoming, a dû reconnaître, au lendemain des émeutes, que "la façon de travailler" des fonctionnaires locaux était peut-être en partie à la source "des problèmes"...

Le montant des "taxes sociales de compensation" semble en tout cas avoir été l'objet d'une ahurissante inflation dans des coins reculés où l'on a du mal à gagner 2 euros par jour : des articles dans la presse de Hongkong font état d'amendes variant entre 1 200 et 2 000 euros pour le premier enfant "de trop" ! Les sommes peuvent doubler pour le second, tripler pour le troisième.

A Dungu, notre commerçant confirme ces chiffres : "Ils nous demandent maintenant de payer les "arriérés" pour des enfants désormais adolescents : 2 000 yuans (194 euros) par année de retard pour chaque enfant." Sous les ciels de pluies du Guangxi, la colère n'est peut-être pas près de retomber.

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